La malédiction des braillards

Ca vous est arrivé.
Ne mentez pas, cher lecteur choupitrognon d’amour, ça vous est forcément arrivé.

D’ailleurs, ça arrive  à tout le monde.

Lorsque vous prenez un train, il y a toujours (mais alors toujours), un putain de braillard, tendance nouveau-né ne supportant pas les bruits, les odeurs, les tissus voir l’oxygène présent dans le train. Et il le manifeste… de manière bruyante.

De manière extrémement bruyante.

Alors quand vous avez la chance de prendre un train l’après-midi, c’est relativement gérable. Des écouteurs, un mp3 chargé à bloc, et en avant Guingamp. Vous pouvez passer le temps les oreilles confortablement installées dans un paradis musical à votre goût. Le pied.
Mais lorsque la malédiction du braillard s’abat dans le train de 22h03, le trajet devient long. Très long. Horriblement long. Au moins aussi long que ces trois dernières phrases, que vous avez dù sentir passer, et pourtant ce n’est qu’un blog. Je veux dire, c’est pas comme si je vous forçais à me lire (et pourtant j’aimerais !).

Je ne connais rien d’efficace pour contrer la malédiction du braillard. Si la maman a l’esprit assez ouvert, vous pouvez toujours tenter le coup du biberon-whisky, mais c’est risqué. Il est possible que le braillard ait l’alcool violent.
Vous pouvez aussi tenter d’assommer le chiard, mais la police se révèle assez butée dans ce genre de cas. Comprenez, un voyageur qui tabasse un bébé, c’est encore assez mal vu de nos jours.

Il faut prendre son mal en patience.
Desproges m’aide beaucoup dans ce genre de cas.

Après tout, c’est lui qui a dit “Les gosses, c’est comme les pets. On ne supporte que les siens.”

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Saturday Night War

Paris, petite bourgade mondiale aux douces senteurs de baguettes, camemberts, et autres pinards bon marché, Paris, où l’on entend un air d’accordéon à chaque coin de rue, où l’on croise le mime Marceau et Amélie Poulain tout les trente mètres, Paris donc, ce n’est qu’un fantasme.

Désolé, lecteur-mon-amour, je sais que je brise un peu votre utopie et gratuitement par dessus le marché.

Je ne peux pas vous mentir, je vous aime trop pour ça, je vous respecte trop, vous êtes ma vie, mon utopie, mon fils, ma bataille, fallait pas qu’elle s’en aille, quoi, allez.
Bref, Paris, il faut l’avouer, ça sent plutôt les rats, on entend surtout des klaxons, et ça calme.
J’ai entendu dire, et je ne plaisante pas, qu’un trouble psychique est relativement répandue chez nos amis japonais en visite dans notre belle capitale : le syndrome de Paris. Ce syndrôme est causé par l’insupportable fossé entre le Paris fantasmé par les nippons et notre Paris à nous, qui n’a vraiment rien d’un fantasme, à vrai dire. Allez vous renseigner, sur ce coup, je ne pense pas raconter trop de conneries.

Je pense ce soir à un exemple précis, le fameux exemple de la guerre du samedi soir. Exemple connu universellement par tout les parisiens sortant le soir à des heures inavouables.
(La guerre du samedi soir peut aussi avoir lieu le vendredi, mais j’avais besoin d’un titre court et efficace, et bon, avouons-le, “Friday And Saturday Night War” n’est pas folichon folichon)

Deux conditions sont indispensables pour toute bonne guerre du samedi soir :

– Fin de semaine, en général à partir de minuit
– Un peu d’alcool dans le sang, en général deux grammes

Une fois ces deux conditions réunies, Paris se transforme en zone de conflit verbale – une bonne condition physique et une forte puissance vocale sont des atouts certains pour survivre.
Car alors tout les parisiens commencent à chercher des taxis pour rentrer. Et quand je dis tout les parisiens, j’exagère à peine. Donc, tout les taxis sont pris. Donc, toute la ville se retrouve sur les trottoirs à se battre pour n’importe quelle voiture ayant l’air vide.
Il vaut mieux aussi, dans le cas où vous chercherez un taxi dans ces conditions, avoir une certaine force mentale pour supporter les insultes des gens dans le même cas que vous, mais qui eux n’auront pas eu la chance de trouver un taxi (je cite “Nan mais on était là avant ! Connard ! On attend depuis au moins dix minutes fils de pute ! Tueur de chat ! Fasciste !”).
Le fléau est tel que même dans le cas où vous réservez un taxi, on risque quand même de vous le gruger. Ca demande un peu de pots-de-vin, mais un parisien bourré est capable de tout pour s’éviter trente minutes de marche.

Paris bourré manque franchement de finesse.

Pour résumer : de bons poumons, un langage fleuri, et les soirs où ça ne suffit pas, une bonne paire de chaussure.
De préférence confortable.

 

 

 

 


Non, vous n’êtes pas désolé.

Il ne fait vraiment pas bon de bosser dans un fast-food parisien, lecteur chéri d’amour. Oh non.
Oh seigneur non.

Raison n°1 : des parisiens y mangent.

Raison n°2 : des parisiens y boivent.

Raison n°3 : c’est fréquenté par des parisiens.

Raison n° 4 : il paraitrait même que c’est un travail d’esclave, mais j’ai encore du mal à saisir la différence entre les termes “travail” et “esclavage”, donc j’ai peut-être mal compris.

Raison n°5 : non mais sérieusement, nourrir des parisiens, c’est un suicide social.

 

Le parisien lambda a toujours un point de vue très arrêté sur les fast-foods. M6 et TF1 l’ont prouvé, ce sont des antres démoniaques où des employés rigolards passent leurs temps à tenter d’empoisonner leur prochain, et tout ça pour le smic. Le parisien est toujours intimement persuadé que la boisson sera chaude, le burger froid, les frites molles et qu’il regrettera très vite son repas, à commencer par le moment où il devra le payer.

C’est exactement pour ça que les fast-foods ont toujours autant de succès d’ailleurs (“Ca fait toujours du bien de se plaindre un bon coup”).

C’est à croire que les gens s’imaginent que les fast-foods sont des temples voués au culte du libéralisme hardcore, où la totalité du bâtiment (employés et plateaux en plastique inclus) crie “DONNEZ-MOI VOTRE ARGEEEEEEENT !”.

Un fait véridique et rigolo, par ailleurs : l’employé, par le biais de l’uniforme, redescend au simple stade du meuble parlant. Il n’est qu’une incarnation physiquement présente du concept de la malbouffe. Observe bien les clients, la prochaine fois que tu passeras dans un mausolée de la graisse : les caissiers ont vraiment de la chance quand on les regarde dans les yeux.

C’est à croire que gagner sa vie en vous flambant les artères est honteux, messieurs dames.
Mais non.

Ces gens-là ont une âme (contrairement aux roux qui pensent seulement en avoir une). (Pardon).


Livin’ Loose Legend

Je pense que sans y faire gaffe, un jour, j’ai du me balader dans un cimetière indien et y profaner deux ou trois tombes par un hasard suspect. Ca expliquerait probablement le fait que je n’ai jamais gardé une carte bancaire plus de trois mois sans devoir faire opposition dessus. J’dois avoir une malédiction sur la gueule.
– Certaines mauvaises langues répliqueront que j’ai qu’à surveiller mes affaires, et je répondrais d’un ton d’une absolue mauvaise foi que “on peut pas lutter contre ça, non de dieu de bordel de merde. Tiens, c’est toi qu’a le whisky ? Ca te dit genre tu partages ?”

Bref, lecteur de mon coeur, j’érige la loose comme un art de vie au quotidien.

Le principe est simple : quitte à perdre, autant perdre avec panache. Dans une société capitaliste où la compétition est reine et l’argent roi (bonjour, je suis fils de syndicaliste), la loose est mal vue.

Mais pourtant, damoiselles et damoiseaux, nous sommes tous des perdants, au fond : nous ne sommes pas éternels. Et encore moins croyants (enfin je sais pas vous mais moi, non, sauf si Dieu me parle ce soir, ce que j’estime très peu probable).

Et puisque nous sommes tous destinés à perdre, autant perdre avec classe ; autant se rire de la réussite, se gausser de la médiocrité, et  demander au mec en face s’il a pas une clope à dépanner.
Forcément, il répondra que non, il a pas de clopes à dépanner, avec les hausses du carburant, la vie qu’est chère ma bonne dame, vous comprenez, je fais des économies, toussa toussa, je veux pas que vous chopiez un cancer à cause de moi, ‘comprenez.
Mais bon. Faut tenter, quoi.

Je suis super doué dans la loose. Je m’entraine à rater depuis 2007 : j’ai voulu foirer mon bac, à 2 points près, je l’ai eu.
On peut pas perdre du premier coup.

Et ensuite, j’ai raté ma fac, trouvé un taf de merde, abandonné toute tentatives de réflexions existentielles, et petit à petit, mes plans foireux sont passé d’anodins à Mythique. Avec un grand M, s’il vous plait.

Bon, la loose est un art délicat, ça ne marche pas toujours. On m’a accepté dans une école de théâtre, j’ai déménagé à Paris, et j’ai même mon propre appartement pour un loyer dérisoire.
C’est l’jeu, ma pauv’ Lucette : on peut pas perdre à tout les coups.


Une bouteille de vin à la mer

Lecteur chéri de mon coeur, amant littéraire de toujours, bonjour (je m’adresse ici à mon lecteur idéal, qui n’existe surement pas, mais sait-on jamais, ça coute rien).

La vie à Paris se passe bien. Mon loyer est payé, mon frigo est plein, tellement d’ailleurs que je devrais songer à faire un peu de tri – il me semble que ça commence à bouger dedans et je suppose que c’est anormal.
On me dit jamais rien.

J’ai récemment testé l’administration parisienne.

Bon.
Ben voilà, quoi.

Là, vous devinez déjà que je suis loin d’en être content. Cher lecteur, l’expression est faible. Très faible. Haha, même le mot faible est faible pour décrire à quel point cette expression est faible.
Je ne détaille pas plus, je préfère retranscrire une conversation qui s’est déroulé au poste de police il y a de cela une semaine. Il n’y a aucune invention. Ou très peu.

“- Bonjour, je me suis fait volé portable et portefeuille la nuit dernière et je voudrais donc faire une déclaration de vol. Quelque chose comme ça.

– D’accord. On aura besoin de vos papiers d’identités.

– Ah bah justement, c’est un peu ça le problème, voyez, puisque mes papiers d’identités étaient dans mon portefeuille.

– Ah bah oui monsieur, mais pour faire une déclaration de vol, vous avez besoin d’une pièce d’identité.

– Vous êtes en train de me dire que pour faire une déclaration de vols de papiers d’identités, il faut présenter lesdits papiers d’identités ?

– C’est ça.

– Bon ben attendez, je vais chercher le voleur, puis je reviens, hein ? Comme ça je pourrais porter plainte en même temps, vu qu’il sera là, on évitera de perdre du temps.”

Bon, après, je dois avouer que j’ai une légère perte de mémoire (tout est devenu rouge, je crois qu’un flic a été assommé, et il parait que je suis convoqué au tribunal, mais étant donné que je n’avais pas de carte d’identité, je me demande à quel nom la convocation est adressé, et d’ailleurs, j’ai plein de témoins qui pourront confirmer que je ne suis jamais allé au poste de police ce jour-là, j’ai un alibi, j’étais au cinéma, tiens).

Donc actuellement, si vous avez suivi, je suis un sale gueux sans-papiers. J’ai un peu honte, mais je m’amuse beaucoup plus : j’ai un peu l’impression d’être Jarod, vous savez, le héros de la série “Le Caméléon”. Ca passait dans la trilogie du samedi, sur M6. Y’a cent cinquante ans.

J’ai plus de téléphone portable non plus, et ça, c’est très dérangeant. On ne se rend pas forcément compte, mais ça devient foutrement indispensable, ces petites bêtes.
J’ai plus aucun numéro. Plus aucun lien social.

Alors si vous trouvez cette bouteille de vin (dans la mer, cf le titre, suivez un peu ventrebleu), aujourd’hui,buvez une gorgée pour moi.
Ca me fera plaisir.


Level Up !

Cher lecteur, aujourd’hui, je reste pas longtemps.

J’vais aller tester Starbucks, la. Et ouais. Starbucks.


Tu es jeune, tu es beau, tu es riche, bref, tu as Trop la classe.

Le monde merveilleux dans lequel nous vivons nous permet des tas de choses, lecteur.  C’est con à dire, mais c’est vrai. C’est encore plus vrai dans un pays comme la France, qui te permet d’étudier, d’acquérir des connaissances, te donne le choix sur tes envies et désirs. Que sais-je, si tu veux être prof, tu peux l’être. Il te suffit d’étudier pour ça. Les études te font chier ? Pas grave, tu peux monter ta propre entreprise.
Moi, lecteur, je veux être comédien, vois-tu.

Le monde des arts du spectacle n’est pas un monde facile. Et qui que tu sois, si tu es dans le même cas que moi, tu passeras forcément par cette étape
maudite : la figuration.

Alors, pour les néophytes, qu’est-ce que la figuration ?

Vois-tu, lecteur, dans un film, une série ou une pièce de théâtre, on a souvent besoin d’une foule. Un marché, une rue pleine de vie, un bar bondé, n’importe : il faut avoir quelque chose de vivant à l’image, histoire de rendre la scène crédible.
Hors, même en mettant touts les acteurs sur le coup, on ne peut pas remplir une boite de nuit. Une boite de nuit avec six personnes, ca craint, même pas le héros d’un film s’y rendrait. Le héros du film ne va jamais dans des boites qui craignent.
On peut tenter de rajouter l’équipe de prod’, mais ca ne changera pas grand chose. Et puis soyons réalistes : si le cameraman est dans la foule, qui tient la caméra ?
On emploie donc des figurants. Des gens comme vous et moi qui cherchent à gagner un peu d’argent pour manger autre chose que des pâtes, à midi.

La figuration a ceci de particulier qu’elle vous relègue au rang de meuble.

Un meuble, oui. Vous ne faites pas partie du film, vous ne serez jamais remercié, vous aurez une paye assez misérable, et on vous traitera comme un troupeau pendant tout votre taf. Les acteurs vous aperçoivent à peine, l’équipe de production ne vous adresse pas un mot – à part le régisseur chargé de figuration, qui, lui, essaye de vous faire croire que vous êtes important – et la plupart du temps, vous attendrez qu’on vous disent quand est-ce que, bon dieu de bordel de merde, on aura besoin de nous, ‘chier, quoi, ça fait une heure qu’ils galèrent sur deux répliques, ces putains de cons.

Je précise : la figuration a quand même de bons cotés. On bouffe à l’oeil, y’a quand même moyen de se faire remarquer, si t’arrives à faire comprendre aux gens que tu n’es pas un meuble, tu peux même rigoler avec eux.
Mais bon. Faut pas trop rêver, non plus.

Donc, lecteur, si toi aussi tu a l’occasion de faire de la figuration, mets-toi bien ça dans la tête :

Tu n’as absolument aucune utilité ; rien n’est unique chez toi ; jamais, au grand jamais, tu ne dois regarder la caméra, pauvre petite pustule hideuse, boursouflée d’estime de soi, d’espoir malsain et d’idéaux grotesques.

Une fois que c’est bien assimilé, peut-être que tu pourras avoir des choses plus intéressantes à faire que de rester assis à une table comme un con. Oui, peut-être que sur le prochain plan, tu iras au toilettes !